La suppression de contrats aidés dans le secteur associatif va avoir des conséquences incalculables et risque d’accroître les inégalités sociales et territoriales….

11. janvier 2018 Arguments 0
La suppression de contrats aidés dans le secteur associatif va avoir des conséquences incalculables et risque d’accroître les inégalités sociales et territoriales….

L’annonce faite pendant l’été par Emmanuel Macron et le gouvernement de la baisse conséquente du nombre de contrats aidés, est choquante dans la manière de faire et grave quant aux conséquences que cette décision brutale va avoir dans plusieurs secteurs d’activité dont celui de l’Enfance, de la Jeunesse et sur l’ensemble de la vie associative.

Pur justifier la suppression de milliers de contrats aidés, le président de la République a en effet décrété sans aucun argumentaire sérieux que ces contrats sont inefficaces et coûteux. Il a ajouté que ces contrats aidés représentent une « subvention déguisée vers les collectivités locales ou le secteur associatif ». Il est manifeste que le président de la République n’a jamais pris le temps d’écouter le réel, celui des professionnels de l’insertion. Ces derniers utilisent en effet ces contrats pour aider des personnes éloignées de l’emploi (jeunes, chômeurs de longue durée, séniors…) à s’insérer ou à se réinsérer grâce à un accompagnement par la formation. Il n’a pas davantage réfléchi à l’utilité sociale du travail réalisé quotidiennement par toutes les personnes en contrats aidés.

Rappelons que ces contrats sont appelés « aidés » parce que les employeurs, privés ou publics reçoivent une aide conséquence de l’état pour embaucher, rémunérer et normalement former des personnes en Contrats d’Unique d’Insertion / Contrats d’Accompagnement dans l’Emploi (CUI-CAE pour le secteur non marchand) ou en CUI (Contrat d’Insertion Économique, CUI-CIE pour le secteur marchand). Ces contrats s’appellent Insertion et Accompagnement dans l’Emploi (IAE), lorsqu’ils concernent les personnes en chômage de longue durée accompagnées par des structures spécialisées en insertion. Ce sont des Contrats d’Avenir lorsque que ce sont des jeunes qui sont embauchés dans le champ social ou dans l’enseignement.

Les conséquences des suppressions de contrats aidés vont être incalculables pour l’ensemble de la vie associative. Les associations ont en effet massivement recours à ce type de contrats car pour des raisons évidentes, elles n’ont souvent pas la possibilité d’embaucher des salariés.es autrement qu’avec des aides ou des subventions.

La vitalité d’une société se mesure à la qualité de sa vie associative. Les associations remplissent en effet un rôle majeur et irremplaçable pour l’éducation populaire, le dynamisme sportif ou culturel, la défense de l’environnement. Elles assument très souvent des missions essentielles de service public notamment dans le secteur de l’enfance, de l’aide à la personne, de l‘insertion professionnelle, du soutien aux populations fragilisées.

La Ligue de l’Enseignement a alerté sur le fait que les associations qu’elle soutient risquent, rien que dans le Morbihan de perdre plus de 100 salarié.es en contrats aidés à cause de ce choix politique ( voir les liens vers les articles dans la presse plus bas).

Le Conseil économique, social et environnemental régional (CESER Bretagne) a émis en vœu en juillet 2017 pour demander la remise en cause de cette décision brutale. Nous ne pouvons que souscrire à cette demande. Dans son étude parue en décembre 2017, « Les défis de la vie associative en Bretagne» le CESER rappelle aussi que cette mesure va intervenir alors que les subventions aux associations ne cessent de baisser et que la demande publique les concernant est en hausse. Il s’inquiète de la fragilisation du tissu associatif que cela va entraîner et du risque de voir disparaître les petites et moyennes associations… celles qui sont indispensables à la cohésion territoriale et sociale.

La carte ci-dessous, de l’évolution des emplois associatifs entre 2010 et 2015, montre que si ceux-ci ont progressé dans la partie orientale de la Bretagne et dans le Pays de Brest… le nombre d’emplois dans les associations de la partie occidentale de la Bretagne (Centre Bretagne-Ouest, Trégor Goëlo, pays de Guingamp..) est en baisse. Or ce sont les secteurs géographiques les plus fragiles à tous les niveaux de Bretagne.

Il y a donc tout lieu d’être très inquiet sur les conséquences pour les population de la suppression de contrats aidés.

Claudine Cornil

Pour en savoir plus :

– Étude du CESER Bretagne : « Les défis de la vie associative en Bretagne»

– Vœu du CESER Bretagne sur les contrats aidés dans le secteur associatif

– Un communiqué de la Ligue de l’Enseignement du Morbihan, un article du Télégramme du 8/9/2017, un autre de Ouest France.

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