Que nous dit la colère des gilets jaunes ?

Que nous dit la colère des gilets jaunes ?

 

Les gilets jaunes ont réussi leur pari. Samedi dernier, dans le département du Morbihan, les opérations de blocage et de filtrage ont rassemblé beaucoup de monde, que ce soit à Vannes sur la RN 165, à Ploërmel sur la RN 24, à Lanester au rond point de Kernours à Auray au giratoire de Kerbois, ainsi qu’à Baud, Pontivy et Locminé.

Dans toute la France, ce sont plus de 300 000 manifestants qui ont occupé ronds-points, voies rapides et parkings de centres commerciaux pour exprimer leur colère face à une politique qui favorise les plus riches et fait payer les plus pauvres.

Le caractère souvent improvisé des rassemblements, les accidents au lourd bilan (2 morts, plus de cinq cent blessés), les débordements racistes, homophobes, les citoyens malmenés et insultés, ne doivent pas faire oublier les raisons principales de ce soulèvement. Les gens qui sont venus samedi ont voulu, dans leur grande majorité, crier leur opposition à la politique inégalitaire et anti sociale de Macron. Et c’est ce qu’il faut prioritairement retenir.

Contrairement à ce qui se dit trop, nombre d’entre eux n’opposent pas défense de leur pouvoir d’achat et enjeux écologiques. Ils seraient sans doute prêts à restreindre l’usage de leur véhicule s’ils disposaient, notamment en Bretagne intérieure, de moyens de transports alternatifs.

Beaucoup savent, et c’est ce qui renforce leur colère, que la taxe carbone sur les carburants ne sert que marginalement (18%) au financement de la transition écologique et beaucoup à alimenter le budget de l’état pour combler les pertes de recettes liées au CICE et à la suppression de l’impôt sur la fortune. Ils mesurent l’injustice qui consiste à faire payer plus cher l’essence et le gazole tout en exonérant de taxes le transport aérien et le transport maritime. Ils constatent l’inégalité d’accès aux services publics, leur éloignement.

Ils ne supportent pas les procès en culpabilisation qu’on leur inflige alors que les désastres écologiques qui se profilent résultent d’un productivisme aveugle dicté par la recherche du profit et d’une surconsommation de biens qu’eux même ne peuvent pas se payer.

On pourra nous faire observer qu’il y a dans les cortèges des militants d’extrême-droite. On pourra s’émouvoir de formes de luttes qui bouleversent bien des habitudes militantes, des simplifications parfois outrancières, des dérapages regrettables. Mais il n’en demeure pas moins que ce mouvement en dépit de ses imperfections et des tentatives de récupération politique dont il est l’objet, témoigne d’une souffrance et d’un ras le bol allant finalement bien au-delà de la question de la taxation des carburants…. Et c’est bien là ce qu’il faut retenir.

Dès lors une question se pose : Que faire de cette colère ?

Pour le pouvoir la réponse est claire. Il ne va rien lâcher. Il va jouer le pourrissement et tout faire pour discréditer le mouvement en exploitant les dérapages, en nourrissant les provocations, en se payant au passage la tête des « pauvres » qui n’ont rien compris et à qui il faut faire de la pédagogie.

Dans cette affaire, la gauche d’alternative doit faire preuve de lucidité politique. Elle ne doit mépriser personne. Elle doit écouter ce que nous dit le mouvement et comprendre que lorsque l’on est rémunéré au SMIC et que l’on réside dans une zone rurale dépourvue de transports, on n’a pas d’autres solutions que d’utiliser son diesel vieux de vingt ans. Il faut entendre que pour ceux là, un renchérissement du prix de l’essence se fait au détriment des vacances, des loisirs, voire de la santé ou de l’alimentation.

La révolte des « gilets jaunes » est salutaire mais le risque est grand, faute de structuration et de perspectives claires, que le mouvement ne s’enlise dans quelques jours en provoquant déception et frustration et en alimentant le vote pour le Rassemblement national.

Que faire pour aider à passer de la révolte à la lutte ? Comment structurer la mobilisation populaire et élargir les enjeux ?

L’équation est compliquée. Il va falloir réhabiliter le combat politique aux yeux de ceux qui n’y croient plus, il va falloir, sans s’y substituer, aider ce mouvement à grandir et à s’élargir. En établissant le contact avec ceux qui sont dans la rue, en effaçant de nos logiciels militants nos vieilles habitudes de leadership, voire de récupération, en aidant à faire émerger des solutions alternatives, en allant au-delà de la question de la taxation des carburants, en passant d’une simple révolte sur le diesel à une lutte globale pour le pouvoir d’achat.

Il faudrait aussi parvenir à articuler combat social et combats écologiques en montrant, s’agissant du conflit en cours, qu’ils ne s’opposent pas.

Il est possible en effet de sortir, à terme de l’usage intensif de la voiture, en offrant des solutions alternatives de transport.

Causes communes 56 propose de réfléchir avec tous ceux qui le voudront à ces solutions alternatives en travaillant sur plusieurs pistes et notamment sur la fréquence et les horaires des rames de TER, sur l’implantation de parc relais gratuits de stationnement aux abords des gares, sur la réouverture de la ligne SNCF entre Auray et Pontivy, sur la réimplantation d’une ligne SNCF sur l’emprise disponible entre Questembert et Ploërmel sur l’inter-modalité entre les gares et les zones d’emplois, en mettant en place des navettes gratuites de bus pris en charge par les employeurs.

Nous pourrions aussi ouvrir le débat, comme cela s’est fait dans plusieurs agglomérations sur la gratuité des transports publics en considérant que l’accès à ces services relève d’un droit à la mobilité au même titre que le droit à l’éducation ou le droit à la santé.

C’est cela « faire politique ensemble ».

 

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