Coronavirus : « Cette épidémie est la conséquence d’une biodiversité que l’on maltraite », selon Philippe Grandcolas

Coronavirus : « Cette épidémie est la conséquence d’une biodiversité que l’on maltraite », selon Philippe Grandcolas

Que dit la pandémie de coronavirus de l’état de notre biodiversité ? « La question a encore très peu été posée », regrette l’écologue et systématicien Philippe Grandcolas.

A chaud, alors que la bataille fait toujours rage contre le virus, les discussions portent essentiellement sur le nombre de masques à déployer, le dépistage et les remèdes à la sortie de crise. « Des questions bien normales, concède le directeur de recherche au CNRS et directeur de l’Institut de « Systématique, Evolution, Biodiversité ». Il n’empêche, pour tirer les bonnes leçons de cette épidémie, il faudra aussi s’interroger sur le comment et le pourquoi cette épidémie est née, invite le scientifique. Philippe Grandcolas répond aux questions de 20 Minutes.

« La nature nous envoie un message », lançait Nicolas Hulot, sur BFMTV, à propos de l’épidémie de coronavirus. Faut-il y voir, en effet, une vengeance de la nature ?

Ces déclarations qui personnifient la nature me gênent d’un point de vue scientifique. L’Ipbes [l’équivalent du Giec, mais pour la biodiversité] a communiqué à peu près dans les mêmes termes. Et pourtant, la nature, en tant qu’entité, ça n’existe pas. Il y a en fait des organismes, des individus avec tous leurs interacteurs, les micro-organismes, les congénères, le milieu physique… Tout ça vie, évolue, se développe, meurt. Il n’y a aucune volonté de ce système de se venger de l’espèce humaine. Cette idée que la nature nous envoie un message nous éloigne d’une question essentielle, très peu posée depuis le début de l’épidémie de coronavirus : comment et pourquoi cette épidémie est née ?

Quelle est justement l’origine de cette pandémie ?

Les scientifiques sont encore aujourd’hui au stade des hypothèses. La plus vraisemblable serait que le pangolin [l’une des espèces d’animaux sauvages vendues au marché aux fruits de mer de Wuhan] aurait servi d’hôte intermédiaire entre les chauves-souris et l’humain. On sait que le virus qui provoque l’épidémie actuelle, le SARS-CoV-2, fait partie du genre Betacoronavirus. On sait aussi que des espèces de chauves-souris en abritent à l’état naturel un grand nombre et une grande variété. De son côté, une équipe de scientifiques chinois a réussi à isoler un virus chez les pangolins dont la séquence génétique est très similaire au SARS-CoV-2. Il y aurait eu alors, possiblement, une recombinaison génétique entre un virus de pangolin et un virus de chauve-souris. Ce phénomène, naturel, arrive souvent et peut avoir de lourdes conséquences. Il aurait ici permis au SARS-CoV-2 d’acquérir la capacité de rentrer dans les cellules humaines.

Encore une fois, ce n’est qu’une hypothèse. Il existe des centaines d’espèces de chauve-souris et on n’a pas pu passer au crible tous leurs virus. On trouvera peut-être prochainement, chez l’une d’elles, un virus quasi identique à celui qui provoque l’actuelle épidémie de coronavirus chez l’homme. On pourrait alors en déduire que le virus est passé directement des chauves-souris à l’homme, sans aucune aide du pangolin.

La suite sur le site de 20 minutes.


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