Les indispensables du Morbihan témoignent

Les indispensables du Morbihan témoignent

Elles et ils sont factrices, cheminots, caissières, paysans. Elles et ils sont les vrais « premiers de cordée », ceux dont le président de la République disait, il y a quelques mois, qu’ils sont « les gens qui ne sont rien ».

Coronavirus et agriculture paysanne

Rencontre avec Morgan Ody, coporte-parole de la confédération paysanne

Le 27 mars dernier votre syndicat annonçait le maintien des marchés alimentaires à titre dérogatoire dans le Morbihan que s’est-il passé ?

 Le 24 mars dernier, l’interdiction des marchés de plein air annoncée par le premier ministre aurait pu emporter cette activité importante dans le département. La Confédération Paysanne du Morbihan a réagi avec célérité. Nous avons pu montrer à quel point les paysans et les paysannes en vente directe ont été parmi les premiers à mettre en place des mesures de précautions pour éviter la propagation du COVID 19. C’est pourquoi nous avons agi très vite. Nous avons sollicité les maires du Morbihan pour qu’ils obtiennent du préfet l’autorisation de tenue des marchés. C’est ainsi que tous les maires qui ont demandé une dérogation pour le maintien des marchés dans leur commune l’ont obtenu. De surcroît la préfecture a accordé son aide à la mise en place des mesures nécessaires à ce que la vente des produits frais soit maintenue. Ce sont donc 64 marchés qui continuent leurs activités dans le Morbihan.

Comment avez-vous analysé cette décision ministérielle ?

Le ministre de l’agriculture Didier Guillaume, semble ignorer la réalité des  marchés de vente directe. Ainsi il entendait accompagner la fermeture des marchés avec la demande faite à la grande distribution d’acheter les produits fermiers.  Il faut vraiment mal connaître le secteur. La plupart des paysans  passés en vente directe l’on fait justement pour récupérer la marge que la grande distribution leur refuse. La proposition du ministre témoigne par ailleurs de son ignorance des normes, des calibres des légumes, de formes des contenants imposés qu’exige la grande distribution. Enfin c’est une étape passée les marchés de plein vent se tiennent dans tout le département. Bien évidemment avec étals par étals, tous les dispositifs nécessaires à la protection des clients et des paysans qui vendent leurs produits.

Fruits et légumes en agriculture paysanne quel est l’impact de la crise du COVID 19

Pour que notre profession tienne le choc, le soutien des élus locaux et de la préfecture est nécessaire. Mais le plus extraordinaire c’est le soutien des consommateurs. Il y a bien sûr nos clients de toujours qui nous soutiennent mais la nouveauté ce sont les clients qu’on n’avait jamais vus, des gens qui ont trouvé nos téléphones pour nous dire leur soutien. Un engagement éthique, certes mais j’y vois comme une prise de conscience de la nécessité de se rapprocher des paysans pour assurer la sécurité alimentaire et l’approvisionnement des familles.

Depuis le début de la crise du COVID 19 nous notons comme les gens se rapprochent de plus en plus d’une production locale. Ils ont pu constater dans les grandes surfaces l’augmentation des prix des fruits et légumes liés à la raréfaction des produits pour cause de pandémie.

Ce qui se passe aujourd’hui c’est la démonstration de la nécessité de retrouver notre souveraineté alimentaire, d’installer massivement des gens  dans les productions fruits et légumes. L’abandon des mécanismes de régulation notamment les quotas qui limitaient la production et maintenait les prix a été une catastrophe. Au nom du libre marché on a abandonné les mécanismes qui empêchaient de se retrouver en situation de crise, les paysans comme bien d’autres secteurs ont besoin d’un État qui régule.

C’est par exemple le cas des produits laitiers. On a abandonné les quotas laitiers qui limitaient la production et qui maintenaient les prix. C’est cela qui fabrique les situations de crise. Selon nous les questions agricoles sont des questions stratégiques dont l’État ne peut pas se débarrasser. La fin des quotas a fait mourir un très grand nombre de de fermes. Bien sûr ce retour de l’État passe notamment par l’intervention des paysans mais aussi par l’ensemble de la population. Il faut savoir que nous ne demandons pas essentiellement des subventions ce que nous voulons c’est la régulation du marché. Nous voulons la réintroduction des taxes aux importations ce qui favorisera la production locale et de surcroît qui fait rentrer l’argent dans les caisses de l’État

Avez-vous tiré bénéficié de l’appel du ministre de l’agriculture à de la main-d’œuvre d’aide aux paysans. ?

Nous avons reçu des centaines d’appels dans le département. Mais à notre connaissance il n’y a pas de pénurie de main-d’œuvre. Quand nous avons des salariés ce sont souvent des voisins, des personnes venues de l’alentours. Et puis l’appel du ministre ne trompe personne il s’agissait de renforcer la cueillette des récoltes de fraises et d’asperges. Par contre parmi les personnes qui continuent à nous appeler beaucoup  souhaitent être salariées ou bénévoles. Ils nous confient qu’ils entendent ainsi tester leur envie de devenir paysan. Nous savons bien que ces personnes ne deviendront pas des paysans et paysannes d’un claquement de doigt. Cependant il faut affronter le défi du renouvellement générationnel en agriculture, 50 % des paysans seront un âge de prendre leur retraite dans les 10 années à venir. Alors il faut donner à ces personnes  l’opportunité de réaliser ce rêve, notamment en termes de formation. De plus nous remarquons que tous ces gens se rapprochent de la terre parce que désormais, savoir produire de la nourriture saine ça parle à beaucoup de monde.

Et aussi :

Des mesures en forme de test à La Poste

Discussions avec une factrice rencontrée dans le bourg « on a de meilleures conditions qu’au début du confinement où on s’entassait dans le local de tri. C’était très dangereux pour nous. Et j’étais prête à exercer mon droit de retrait. Le travail a été réorganisé, les tournées aussi. Mais j’ai peur que ces mesures « provisoires » servent de test et qu’au bout du compte on soit perdants ».

Surtout, que les trains circulent en sécurité

Mickaël, agent de maintenance à la SNCF : « A la maintenance, nous n’effectuons que les travaux strictement nécessaires à la circulation des trains, qui sont beaucoup moins nombreux. Nous n’avons pas d’équipements spécifiques pour nous protéger du coronavirus. Alors, nous respectons les gestes barrières. Nous n’intervenons qu’à trois agents maximum. Pour les déplacements, nous utilisons un véhicule par agent pour éviter la promiscuité. Mais, il n’y a pas autant de véhicules que nécessaire pour assurer tous les travaux. Nous souci essentiel, c’est que les trains circulent en sécurité. »

Aides à domicile : on travaille la peur au ventre

Ilel travaille dans une de ces structures de service à domicile qui se préoccupe d’aide à la vie quotidienne, des personnes âgées ou isolées. Ilel ne veut pas en dire trop long mais on entend la peur dans son propos : «rends-toi compte, nous avons très peu de protection et pourtant notre travail nous amène à être très proches du corps des personnes. Nous les aidons à manger ; nous les aidons à s’installer sur leur lit ou dans leur fauteuil ; nous les aidons à faire leur toilette. Pour tout ça, pas de protection correcte, on travaille la peur au ventre. La peur de contaminer ou bien de l’être nous-mêmes ».

N’hésitez- pas, vous aussi à témoigner de votre vie durant ces semaines étranges. Indiquez à vos amis qu’ils peuvent décrire leur expérience. Par courriel à contact@causescommunes56.org ou par téléphone au 06 52 86 20 35 (nous vous rappellerons rapidement).


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