Salariat et capitalisme : la nouvelle donne. Entretien avec Sophie Bernard

Salariat et capitalisme : la nouvelle donne. Entretien avec Sophie Bernard

À propos du livre de Sophie Bernard : Le nouvel esprit du salariat, Paris, PUF, 2020.

Comme vous le notez dans l’introduction à votre ouvrage, le débat public a été très marqué ces dernières années par la figure de l’auto-entrepreneur, devenu depuis micro-entrepreneur, et le thème de l’ « ubérisation » du marché du travail. Ces transformations seraient symptomatiques d’une disparition progressive mais inéluctable du salariat.

À rebours de cette thèse, votre ouvrage se propose, à travers une enquête menée au sein même du salariat stable, de montrer que les mutations actuelles du monde du travail s’inscrivent plutôt dans une dynamique de l’effacement tendanciel des frontières entre le travail salarié et le travail indépendant. Pourriez-vous développer cette idée?

Depuis les années 1980, nous assistons à une croissance du travail indépendant, laquelle s’accompagne de l’émergence de formes renouvelées dont la figure de l’auto-entrepreneur est emblématique. De même, l’« ubérisation », reposant sur l’externalisation du travail vers des travailleurs indépendants, participerait de la disparition à venir du salariat. Certes, nous assistons indéniablement depuis le milieu des années 1970 à une crise du salariat qui se manifeste par une explosion du chômage et de la précarité. En dépit de cette déstabilisation, le salariat demeure néanmoins hégémonique en France : près de 88 % des personnes en emploi sont en effet salariées en 2019 (Insee). Nous sommes donc loin d’une disparition du salariat qui demeure aujourd’hui indéniablement la norme d’emploi en France.

En revanche, de nombreuses enquêtes mettent en évidence une porosité accrue de la frontière entre travail salarié et travail indépendant. D’un côté, on observe des situations croissantes de dépendance chez les indépendants. Certains auto-entrepreneurs n’ont ainsi qu’un seul client, ce qui les assimile à des salariés déguisés. La décision du 4 mars 2020 de la Cour de cassation requalifiant le contrat de partenariat entre Uber et un ex-chauffeur indépendant en contrat de travail démontre également la dépendance d’une part des travailleurs des plateformes. Et d’un autre côté, les pratiques managériales favorisant l’autonomie et la responsabilisation des salarié.e.s tendent à rapprocher leur condition de celle des travailleurs indépendants. L’analyse du processus par lequel l’indépendance et les valeurs auxquelles ce statut est associé s’immiscent au sein des entreprises au travers de ces injonctions est au cœur de cet ouvrage.

La suite sur le site de Contretemps.


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