Après Conflans, toujours moins de pluralisme

11. décembre 2020 Arguments 0
Après Conflans, toujours moins de pluralisme

Dès le lendemain de l’assassinat de Samuel Paty, les paroles de droite et d’extrême droite se sont imposées sur les plateaux des télévisions et des radios. Notre recension des responsables politiques sollicités pour réagir et analyser cet événement dans les jours qui l’ont suivi en témoigne : les invitations du week-end ont été réservées aux membres du gouvernement, de LR ou encore à Manuel Valls. Toute la semaine suivante dans onze des grandes matinales audiovisuelles, les membres du gouvernement ou de la droite (LR, LREM, centre-droit, RN) ont représenté pas moins de neuf invités sur dix ! Cet épisode pose donc une nouvelle fois la question de focales éditoriales à sens unique dans les principales rédactions. Rédactions qui, d’une part, foulent au pied le pluralisme en période de crise, et, d’autre part, entretiennent une surenchère droitière en collant à l’agenda du gouvernement, ou en réservant la « parole d’opposition » aux seuls Républicains et à l’extrême droite.

« Après le meurtre de Samuel Paty, le concours Lépine des idées d’extrême droite » : signée Samuel Gontier le 20 octobre, la première chronique des plateaux des chaînes d’info, quelques jours après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine, donnait un aperçu de ce qui est rapidement devenu un véritable raz-de-marée réactionnaire. Un torrent qui a largement été alimenté par les interventions des représentants de la majorité, des Républicains ou de l’extrême droite, qui se sont multipliés sur les plateaux… en l’absence (ou presque) de contradicteurs.

Pour en rendre compte, nous avons fait plusieurs séries d’observations. La première porte sur une sélection de « rendez-vous politiques » audiovisuels du matin et de la mi-journée durant le week-end ; la deuxième sur les invités de onze matinales audiovisuelles du lundi 19 au vendredi 23 octobre ; et la troisième, sur la presse nationale.

Le week-end du 17 et 18 octobre : le gouvernement aux micros


Notre étude concerne plusieurs émissions emblématiques. Pour le samedi : le 6/9 de France Inter, le 8h30 de France Info, « l’interview politique du week-end » sur Europe 1 et « l’invité RTL du week-end ». Nous avons sélectionné les mêmes rendez-vous le dimanche, auxquels nous avons ajouté les longues interviews (une heure de plateau environ) de la mi-journée, programmes radio généralement couplés avec les chaînes d’info en continu (et incluant, pour certains, des journalistes de la presse nationale) : « Questions politiques » (France Inter/France Info/Le Monde), « Le grand rendez-vous » (Europe 1/CNews) ; « Le grand jury » (RTL/LCI/Le Figaro) ; « BFM Politique » (BFM-TV) et « Dimanche en politique » (France 3).

Nous avons ainsi recensé 18 invitations sur l’ensemble de ces émissions, dont 10 ont été accordées à des représentants politiques (actuels ou anciens). Cinq d’entre eux sont des membres du gouvernement [1], auxquels on peut ajouter Laurent Nuñez, ancien secrétaire d’État au ministère de l’Intérieur et désormais coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme. Ainsi la majorité a-t-elle cumulé presque deux tiers des interventions. Deux autres fauteuils sont dévolus à d’éminents représentants des Républicains (Valérie Pécresse et Xavier Bertrand). Manuel Valls cumule quant à lui les deux invitations restantes (France Info, 17/10 et Europe1/CNews, 18/10) ! Le pluralisme incarné, donc.

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